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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 00:36
Merci Bigornette pour ce prénom "presque" simple !

Monsieur le Comte Amédée de Saint Frusquin est satisfait.

Il est enfin débarrassé, non seulement de Madame la Comtesse de Saint Frusquin mais aussi de tous ses ennuyeux ancêtres qui lui pourrissaient la vie depuis un sacré moment !

Il faut dire qu’être élevé dans un château en partie délabré par des parents qui vous rebattent les oreilles des exploits glorieux de tel colonel réduit en charpie par les zoulous, de tel amiral dévoré par les requins alors qu’ayant bêtement le mal de mer et rendant tripes et boyaux il venait de passer par-dessus le bord du bateau qu’il commandait, de telle belle Comtesse révolutionnaire qui en envoyant son cher mari à la guillotine glissa bêtement dans une flaque de sang et se retrouva (si je puis dire) en tête à tête avec lui dans une corbeille, de tel prélat qui dégusta fort stupidement le vin empoisonné qu’il venait de verser à un concurrent à la place de cardinal (il avait confondu sa droite et sa gauche), eh bien ça finit pas lasser !

Sans compter bien sûr les moutons noirs de la famille dont la place dans la galerie de portraits n’était plus qu’une tache claire que lorgnaient d’un œil mauvais leurs voisins. N’a-t-on pas idée de s’enfuir pour épouser un artiste, de partir s’enfermer dans une léproserie, de créer une œuvre caritative qui manqua bien de dévorer la fortune familiale, qui fut d’ailleurs beaucoup plus vite gaspillée par un grand-père joueur et coureur.

Et non contents de lui pourrir la vie avec ces histoires stupides, les défunts dont la mort fut un peu, comment dire « difficile » s’entêtaient à venir hanter la demeure familiale, pas moyen d’avoir une nuit tranquille. C’était à qui faisait tinter des chaînes, gémissait, laissait une tête rouler.

Monsieur le Comte Amédée se retrouva du jour au lendemain héritier du château après avoir malencontreusement perdu père et mère emportés par une grippe de provenance indéterminée. En bon fils, il accrocha leurs portraits aussi souriants que les autres, c’est peu de le dire, dans la galerie familiale et se demanda quoi faire de sa vie.

Il faut dire que n’ayant aucune envie de travailler, il venait de terminer vaille que vaille des études d’il ne savait trop quoi, études validées par un diplôme remis par un membre de la parentèle proche, ceci expliquant peut-être son succès !

Une seule voie s’ouvrait à lui, le mariage ! Il fit donc une cour express à une jeune fille de bonne famille pas vraiment gâtée par la nature et dont les parents ne furent que trop heureux de se séparer avec quelques larmes de crocodiles et une dot douillette qui permit à Monsieur Amédée de remettre à peu près en état son château et de se la couler douce.

Maintenant vous demandez-vous, comment Monsieur le Comte Amédée de Saint Frusquin a-t-il bien pu débarquer à Bigorbourg qui est, il faut le reconnaître peuplé de personnes (et d’animaux) de bonne compagnie.

Et bien, après avoir rendu malheureuse comme les pierres la pauvre Comtesse qui finit par en mourir de chagrin mais seulement après s’être faite portraiturée, une manie familiale. Monsieur le Comte vécu une vie de désœuvrement parfaite, sans intérêt jusqu’au jour où ayant sacrifié à la tradition familiale il se fit faire son portrait. A peine celui-ci accroché dans la galerie, Monsieur le Comte rendit son âme à qui la voulait bien mais comme elle ne trouva pas preneur, elle se retrouva piégée dans son portrait avec sa femme en vis-à-vis qui maintenant qu’elle était morte se fit un plaisir de lui rendre la mort impossible en lui disant ses quatre vérités, tandis que le reste des ancêtres lui reprochait amèrement son manque d’ambition et surtout le fait d’avoir laissé la dynastie sans héritier.

Bref, l’après-vie de Monsieur le Comte Amédée devint impossible jusqu’au jour où un lointain cousin désormais possesseur du château et de ses tableaux et trouvant le tout absolument hideux revendit l’ensemble.

Le portrait de Monsieur Amédée atterrit chez Monsieur Balthazar, qui comme vous le savez est un connaisseur en choses bizarres. Il vit bien une certaine satisfaction se faire jour dans l’œil du portrait lorsque Monsieur le Comte s’aperçut qu’il était enfin loin du château familial et de son horrible galerie de portraits. A vrai dire, on vit même un sourire, le premier de toute sa vie et de sa mort, poindre sur les traits fermés de Monsieur Amédée.

Passant un beau jour par le Bazar de Monsieur Balthazar, Pélagie notre accorte bonne du curé fut http://www.atelier-bonno.fr/peinture/galerie-huile/portrait-soldat-18e-1.jpglittéralement séduite par la trogne maintenant bon enfant de Monsieur le Comte et repartit avec lui. Pourvue de l’accord du curé Paterne elle l’accrocha dans le presbytère et depuis ce jour béni, Monsieur le Comte Amédée de Saint Frusquin descend régulièrement de son perchoir pour se promener, évanescent, dans les rues de Bigorbourg, Lui qui de son vivant n’avait jamais fait preuve de la moindre imagination, se découvrit une vocation : conteur (ce qui pour un comte est un comble), bref, il s’introduisait dans les rêves des enfants de Bigorbourg et leur racontait des histoires délirantes qui faisaient rire les petits. De nombreux parents se demandèrent quels rêves rendaient leurs enfants si heureux. Mais chut, cela reste secret. Et plus le temps passe, plus le portrait de Monsieur le Comte semble devenir jovial et heureux de « vivre » enfin !

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commentaires

PATSY 27/03/2010 09:57


C'est sûr, pour certains, la mort est plus belle que la vie ! Et puis le pauvre Amédée n'était pas responsable de sa funeste parentèle et de leur mauvaise éducation. Suis bien contente de son
arrivée à Bigorbourg, il va y prendre un bon coup de jeune...
Bisous


Martine27 27/03/2010 11:33


Faut reconnaître que je ne l'avais pas gâté le pauvre, il avait bien droit à une seconde chance


Pascale la Tricotineuse 26/03/2010 23:19


un bien joli Amédée qui s'embellit jour après jour au contact des enfants !!!  hihi martine tu m'émerveilles !!! à quoi ressemble tu , ne serais tu pas la soeur d'Amédée ??? martine de St
Frusquin ça sonne bien !!! et tes histoires je les bois comme du petit lait , en attendant d'avoir le droit d'en boire en vrai.... Tricotine est devenue verte et  Amédée n'a pas envié !!
hihi

bizzoux dans ta contrée féérique


Martine27 27/03/2010 11:28


Bigorbourg a des vertus uniques ! Je vais demander à l'état civil de me rebaptiser. Mon Amédée est aussi sorti de sa coquille d'une certaine façon


Bea kimcat 26/03/2010 23:07



Coucou Martine
Pas mal cet Amédée de St Frusquin
Bises du vendredi soir
Béa kimcat



Martine27 27/03/2010 11:24


Je trouvais qu'Amédée faisait très aristocratique


gene 25/03/2010 23:00


tu devrais venir au festival du conte à Limoux , tes histoires plairaient beaucoup aux petits et au grands comme moi . bisous


Martine27 26/03/2010 09:39


C'est vrai que ce serait chouette !


amtealty bougnen 24/03/2010 20:39


 monsieur le comte raconte peut être l'histoire d'amédée l'evieille aux petits enfants
 toujours aussi beau ton texte et toujours dans la suite de l'histoire
 vraiment bravo
 et bisous de la grandmère de bretagne
 avec en plus les salutations du  baron belge
 amédée qui squatte chez amtealty


Martine27 25/03/2010 11:03


Mes salutations à Monsieur le Baron ! Je ne sais pas quelles histoires il raconte, c'est top secret. Il va bientôt falloir pousser les murs de mon petit bourg


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