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Et si vous aimez "patouiller" la terre, la pâte à sel, la pâte polymère,le papier,le carton,la pierre, ou autres, bref travailler les matières qui permettent le relief que ce soit sous forme de bijoux, de tableaux, de statuettes ou de bibelots, venez me rejoindre sur la communauté :
Depuis plusieurs jours déjà, je faisais halte dans ce petit bourg. Je n’avais prévu
qu’une étape, mais, je ne sais pourquoi, le calme et la sérénité de l’endroit m’avaient retenue.
J’avais pris l’habitude d’aller me promener dans les bois et la campagne environnants.
A chacun de mes retours, l’hôtesse me demandait avec un petit sourire en coin : « Alors avez-vous rencontré des personnes intéressantes ? » J’avais l’impression qu’elle
attendait une réponse bien précise, mais laquelle ?
Ce matin là, je dirigeai mes pas vers la forêt et optai pour un sentier que je n’avais
pas encore exploré. Le silence m’environnait, tout juste troublé par moment par le chant lointain d’un oiseau. Il régnait une atmosphère étrange comme faite d’attente. Du coin de l’œil, j’aperçus
une minuscule sente qui s’enfonçait plus profondément sous la futaie, elle semblait m’appeler. Curieuse je me laissai tenter.
Brusquement, je me trouvai face à des ruines, les vieilles pierres disparaissaient en
partie sous la végétation foisonnante. Elles semblaient se cacher aux regards. J’entrepris de l’explorer. Des restes de pilastres luttaient avec les ronces,
un chemin de pierre faisait le tour d’un jardin revenu à l’état sauvage, au centre le reste de ce qui ressemblait à un grand crucifix cherchait à s’élancer vers le ciel. Soudain, j’aperçus un homme assis sur une large pierre détachée d’un mur, vêtu d’un ample vêtement sombre, le visage caché par un capuchon. Un instant décontenancée par
cette présence, je finis par m’approcher et je le saluai :
« Bonjour, quel étrange endroit pour un cloître. »
Il parut ne pas m’avoir entendue, il restait là sans bouger, puis sa voix s’éleva dans
le calme de la forêt :
« Je vais vous raconter la légende de cet endroit. »
Sans détourner la tête, il me fit signe pour que je prenne place à ses côtés. Un peu
sidérée par son attitude, mais curieuse d’en savoir plus, je m’installai près de lui et laissai mon regard errer sur les vieilles pierres.
Il reprit :
« Il y a fort longtemps, vivait ici une petite communauté de moines. Le plus jeune
était herboriste. C'était un jeune homme rêveur et tendre, nouvellement arrivé dans la communauté pour remplacer le vieil herboriste qui venait de rejoindre son créateur.
Dans le village voisin vivait une jeune femme, belle comme un rayon de soleil. Elle
possédait un jardin de simples qu'elle mettait à la disposition de ses voisins en leur concoctant potions et pommades pour soulager leurs maux. En dépit de sa beauté, elle ne suscitait nulle
convoitise de la part des hommes, nulle jalousie de la part des femmes. Sa bonté et sa joie de vivre faisaient d'elle un ange, aux yeux des villageois.
Un jour le jeune moine vint à passer devant ce jardin, pour lui rempli de merveilles.
Le voyant admiratif devant ses plantations la jeune femme sortit, le salua gentiment :
« Bonjour mon frère, mes plantes vous intéresseraient-elles
? »
Rougissant, il lui retourna son salut et ils commencèrent à échanger quelques
recettes.
Le jeune moine rentra au monastère, des rêves dans les yeux et de la joie au
cœur.La vie continua un moment ainsi sans heurts, les jeunes gens continuant à se rencontrer pour confronter leurs
connaissances, leur amitié devenant rayonnante.
Mais voilà qu'un jour, le destin arriva sous les traits d'un inquisiteur venu faire une
inspection dans la région. C'était un bel homme mais son visage était tellement sévère que tous tremblaient en le voyant et personne n'osait le regarder dans les yeux. Tous, sauf la jeune femme
qui l'accueillit comme elle accueillait tout le monde, avec gentillesse et douceur.
Las, sa spontanéité se retourna aussitôt contre elle. Pour l'inquisiteur cette femme,
qui brusquement faisait battre son cœur et se lever dans son esprit des pensées impures, ne pouvait être qu'une sorcière.
Alors il se mit à harceler les villageois, posant question après question. Elle sortait
à la pleine lune, n'est-ce pas ? Elle empoisonnait le bétail, n'est-ce pas ? Elle avait de nombreux amants, n'est-ce pas, n'est-ce pas ?
Mais, personne n'avoua quoique ce soit d'aussi terrible. Bien au contraire, tous
insistèrent sur le fait qu'elle ne préparait que des potions bénéfiques, qu'elle aidait tout un chacun. Hélas, en voulant bien faire, ils allèrent trop loin. L'un indiqua que le jeune herboriste
du monastère n'hésitait pas à la consulter et qu'ils échangeaient des plantes, l'autre précisa que la jeune femme soulageait les femmes en gésine avec des pommades calmantes, une autre qu'elle
connaissait des plantes qui permettaient d'espacer des grossesses épuisantes. Cela suffit bien sûr à l'inquisiteur.
Pas de doute c'était une sorcière, elle pervertissait un moine, elle allait à l'encontre
des préceptes du Seigneur qui disait "croissez et multipliez-vous" et "tu donneras la vie dans la douleur".
Devant ses voisins anéantis, mais qui devant les armes de l'escorte n'osèrent rien faire,
elle fut arrêtée et traînée dans le monastère pour y subir la question. Le jeune herboriste voyant le sort réservé à son amie tenta d'intervenir, l'inquisiteur bien sûr n'attendait que ce faux
pas pour l'emprisonner lui aussi.
Malgré ce que le monstre leur fit subir, ils clamèrent leur innocence et la pureté de leurs
sentiments. Mais la jalousie, l'envie et la colère de l'homme de dieu réclamaient d'être assouvies.
Un matin, tous les villageois furent contraints de se rendre au monastère. Dans une
clairière, les moines prostrés attendaient devant un bûcher. Installé sous un dais, l'inquisiteur rendit son verdict. La jeune femme avait été convaincue de commerce avec le démon et elle serait
brûlée vive, l'herboriste quant à lui resterait emprisonné à vie.
La "sorcière" fut tirée de sa prison, affaiblie par les sévices infligés, elle arriva
soutenue par deux gardes. L'herboriste, dans le même état, fut traîné sous le dais et jeté aux pieds de son accusateur.
L'inquisiteur, voyant la réprobation dans les yeux de tous, fit semblant de faire preuve de
mansuétude. Si elle avouait devant tous qu'elle était bien une sorcière, il la ferait étrangler avant de livrer son corps aux flammes.
Elle se redressa, fière et belle. « Je suis innocente, Dieu en jugera et vous
punira ».En rage, l'homme ordonna qu'elle soit livrée au supplice.Deux gardes, avec maintes précautions, la lièrent au poteau, sur leur visage se lisait une peine infinie. Un brandon enflammé fut
approché des fagots.
Au moment même où le feu prenait, l'herboriste, malgré ses nombreuses blessures, se
releva, et s’emparant d’une épée il la planta dans le corps du tortionnaire qui s'écroula. Puis, sans que personne n'essaie de l'arrêter, il se jeta dans le brasier pour rejoindre sa
bien-aimée.
Il l'enlaça sous les imprécations de l'inquisiteur mourant. Une colonne d'air entoura les
deux jeunes gens, les séparant du feu. Leurs corps s'unirent, se fondirent l'un dans l'autre et à leur place un grand oiseau blanc s'éleva au dessus du bûcher en flamme. Il effleura l'inquisiteur
du bout de l'aile et celui-ci commença à se recroqueviller, à brûler sur place en poussant des hurlements. Puis son corps tomba en poussière et le vent l'emporta.
Personne n'intervint, ni ses gardes, ni les moines, ni les villageois, tous le regardèrent
agoniser en murmurant « Le jugement de Dieu est rendu ».
Levant les yeux, ils regardèrent le bel oiseau voler de plus en plus haut et dans leur cœur
un grand bonheur se répandit.
Voilà l'histoire de l'herboriste et de la sorcière. Je peux aussi vous dire qu'après cet
événement, les moines préfèrent partir vers d'autres monastères et celui-ci tomba en ruine peu à peu. Le village, quant à lui, sembla bénéficier au cours des siècles d'une étrange protection, il
fut épargné par les maladies, les famines, les guerres. Tous pensent que l'oiseau blanc veille sur lui. »
La triste voix du conteur, s’effilocha dans le silence revenu. Je me levai et regardai les
ruines d'un autre œil. Je restai pensive quelques instants, essayant d’imaginer cet embrasement d’amour. Un mouvement dans le ciel attira mon regard et j’eus l’impression de voir tournoyer
l'oiseau fabuleux. Prise d’un étourdissement, je ramenai vivement mes yeux vers mon compagnon qui s’était levé. Je m’aperçus alors qu’il était vêtu d’une bure monastique. Je jetai un dernier coup
d’œil aux ruines de l’ancien monastère et murmurai à l’intention de mon mystérieux narrateur :
« Merci, mon frère, pour cette merveilleuse légende ». Mais, en me
retournant à nouveau, je m’aperçus qu’il avait disparu, je ne l’avais pas entendu s’éloigner et je ne le vis nulle part.
Songeuse, je repris le chemin de l'auberge. En me voyant arriver, l'hôtesse ne me posa pas
la question rituelle, et se contenta de me sourire. J'avais fait la rencontre qu'elle attendait.
Voilà la très belle photo de Casy qui m'a inspiré cette histoire. Elle était dans ma tête depuis un
moment lorsque Fanes de Carottes a proposé comme jeu d'écriture le thème "Bûcher" et voilà 1 + 1 = 2. C'est Infolio qui m'a aidée à mettre mon texte en bon ordre de marche. Et puis ce texte est dédiée à toutes ces milliers de femmes qui ont été brûlées, noyées,
pendues sous le fallacieux prétexte de sorcellerie simplement parce que des hommes avaient peur d'elles qui revendiquaient une liberté qui leur était interdite ou qui tout simplement se
refusaient à eux. Et il est dédiée également à tout ces femmes de notre époque qui sont battues, lapidées, vitriolées parce qu'elles aussi font peur au sexe dit fort.
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