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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 00:43

Aujourd'hui, c'est Benoîte qui pointe son nez pour Jill Bill et sa cour de récré.

A Bigorbourg, comme partout ailleurs les adolescents (et certains adultes aussi d'ailleurs) se posent de multiples questions, questions qu'au grand jamais ils n'oseront poser à qui que ce soit.

Mais ces questions, parfois, en viennent à les étouffer. Ce n'est pas parce que nous sommes à Bigorbourg que tout est toujours rose.

Alors que faire ?

C'est là qu'intervient Benoîte.

Benoîte fait partie de la grande famille des papillanges et après les exemples de Janvier et de Daisy, elle a décidé qu'elle aussi donnerait un petit coup de main aux Bigorbourgeois.

Elle se promenait donc en forêt lorsqu'elle entendit notre amie Léonce soupirer. Intéressée Benoîte la suivit, peut-être allait-elle trouver le moyen de l'aider.

Elle tendit donc l'oreille et elle entendit la jeune fille se poser des questions et essayer d'y répondre. Malheureusement ses réponses n'avaient pas l'air de la satisfaire pleinement, ou pour être plus exacte, elle n'arrivait pas bien à épingler cette sacrée réponse qui voletait.  Cela a déjà dû vous arriver, je pense, vous savez, ce petit truc qui s'amuse à jouer à cache-cache dans votre esprit, ce mot sur la langue qui ne veut pas sortir.

Eh bien, Léonce était confrontée à ce problème. Une vilaine réponse se cachait et ne voulait pas montrer son nez. Et pour être juste, Léonce se disait que si elle arrivait à l'attraper, jamais elle n'oserait la formuler sans se sentir gênée Je suis bien sûre que ça aussi, ça vous est arrivé. Avoir une réponse et ne pas oser l’accepter.

Voilà, Benoîte sentait bien qu'elle venait de trouver le moyen de mettre son petit grain de sel à Bigorbourg. Il ne restait plus qu'à finaliser l'opération.

Elle se mit à tourner autour de Léonce, un peu comme la petite lumière de l'idée qui jaillit au-dessus de la tête dans les BD.

Léonce freina des deux pieds et rentra chez elle toute affaire cessante.

Elle attrapa un cahier, un stylo-plume et se mit à déverser fébrilement sur le papier toutes les questions qui l'encombrait.

"Cher Journal, …"

Oui, le Cher Journal de nos jeunes années ! Mais à la différence de ceux qui ne sont qu'à moitié sincères ou qui sont enjolivés, Benoîte était là pour inciter Léonce à se laisser complètement aller, et par la même occasion assise sur son épaule, elle lui soufflait les bonnes réponses, celles qui allaient l'aider à retrouver la sérénité.

Bien me direz-vous, un journal c'est somme toute assez banal. Certes, mais dans ce cas bien particulier, sans trop savoir pourquoi Léonce osait écrire tout ce qu'elle avait sur le cœur parce qu'elle était sûre que personne ne lirait ses interrogations. Pourquoi en était-elle sûre ? Parce que la charmante Benoîte le lui avait murmuré à l'oreille et que grâce à sa magie, quiconque tomberait sur ce journal n'y verrait que des pages blanches.

Très satisfaite de son premier essai, Benoîte s'empressa d'aller prospecter d'autres "clients". Elle ahttp://images.doctissimo.fr/1/annonces/journal-lettre-repertoire/photo/hd/2283947228/75978722d1/journal-lettre-repertoire-default-big.jpg d'ailleurs tellement de succès qu'elle a recruté quelques papillanges pour lui donner un coup de main. A certaines heures, le travail ne manque pas ! Et il y a même certains papillanges spécialisés dans l’escamotage des journaux virtuels.

 

J’ai utilisé le mot benoîte dans le sens de sereine (c’est mon vieux Petit Larousse qui le dit).

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 00:39

C'est l'invité de la semaine dans la Cour de Récré de Jill Bill.

Martial est arrivé depuis peu à Bigorbourg. Pour être plus précise, il a rejoint l'école de Mademoiselle Agathe et pour être encore plus précise, le coin à jouets où Prosper le ballon vient de l'accueillir.

Comme son prénom l'indique, Martial est, eh bien martial ! C'est un charmant petit soldat de plomb débarqué on ne sait trop d'où.

Mademoiselle Agathe n'aime pas trop les jouets de "guerre", mais Martial est craquant avec son bel uniforme rouge et son plumet au képi, en plus, bizarrement il ne porte ni fusil, ni épée alors, ma foi, il paraît bien inoffensif.

Martial a bien papoté avec Prosper et il a compris qu'à Bigorbourg chacun a une tâche bien précise à remplir et parfois fort exotique.

Il n'a plus qu'à trouver une voie démilitarisée !

Et il la creuse sa petite tête de plomb, le pauvre. Il la creuse, mais il ne trouve rien.  

Le voilà bien désolé, Martial, de ne pas pouvoir apporter sa contribution à la vie de Bigorbourg.

Prosper fait ce qu'il peut pour lui remonter le moral, mais malheureusement il ne voit pas trop quoi proposer comme travail à ce tout petit bonhomme.

Du coup, Martial se fait de plus en plus petit dans son coin, n'osant plus montrer le bout de son plumet.

Jusqu'au jour où il entend Mademoiselle Agathe tancer sévèrement les mascottes de l'école, Chapimou le chat et Raoul le rat. Ceux-ci pris d'un quart d'heure de folie particulièrement remuant sont en train de disperser dans toute la salle de jeux, les perles, les billes et tous les objets ronds et roulants sur lesquels ils peuvent mettre la patte.

Une fois les trublions expulsés manu militari (Mademoiselle Agathe n'est pas une militariste, mais elle sait faire preuve d'autorité lorsqu'il le faut, non mais !) et priés de ne réapparaître qu'une fois calmés, tout le monde se met à quatre pattes pour récupérer le plus possible de ces sacrés petits objets qui filent entre les mains pour se cacher n'importe où, au grand dam des élèves qui ne trouvent plus assez de perles pour terminer un collier, de billes pour jouer ou de boules de cotillons pour coller sur un beau dessin.

Le soir, ce sont donc de jeunes élèves boudeurs qui rentrent à la maison, terriblement frustrés de ne pas avoir pu terminer les projets en cours.

Une fois les enfants partis, Mademoiselle Agathe continue un moment à chercher les évadés, mais ses bras ne sont pas assez longs et ses mains assez fines pour se glisser sous les meubles ou explorer tous les coins et recoins. Fatiguée, elle finit par déclarer forfait et rentre chez elle en espérant que le lendemain matin ses élèves seront prêts à se lancer dans d'autres activités.

Dans son coin, Martial a assisté à toute la scène et il est fort triste pour les enfants et l'institutrice.

Quand tout à coup, l'idée jaillit ! Ca y est il a trouvé quel est son rôle à Bigorbourg !

Le lendemain matin, les élèves et Mademoiselle Agathe sont tout étonnés de trouver bien rangés par espèchttp://fr.empirecostume.com/images/boutique/L/11378.jpges, par couleur, par taille, tous les échappés de la veille.

Mais habitués aux surprises que Bigorbourg réserve régulièrement à ses habitants, ils ont tôt fait de se faire à la situation et reprennent les activités abandonnées à regret la veille.

De son côté, Prosper félicite chaleureusement un Martial bien poussiéreux et éreinté d'avoir rampé sous les meubles toute la nuit pour ramener les fuyards. Poussiéreux et éreinté, mais ravi du travail accompli. Après tout un militaire, ça s'y connaît en parcours du combattant et en organisation.

Et depuis, plus personne à l'école ne pleure lorsqu'un petit objet disparait, on sait bien que le lendemain il sera à nouveau fidèle au poste.

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 00:02

Pour Jill Bill nous allons aujourd'hui accueillir Pénélope dans la Cour de récré.

Bon forcément, Pénélope ne peut être qu'une tisseuse, on ne peut pas aller contre le destin.

Mais comme elle débarque à Bigorbourg, ça ne peut pas être une simple tisseuse.

Donc qui peut-elle être et que va-t-elle tisser ?

Non, ce n'est pas une araignée, encore que ces petites bêtes font des merveilles que j'admire beaucoup (du moment qu'elles ne s'installent pas dans un coin de mon plafond –non pas ma tête, mauvais esprits que vous êtes !-)

Bon, donc en partant du postulat qu'il nous faut une tisseuse qui sorte un peu de l'ordinaire, je me suis creusé la tête et je me suis souvenue d'une photo faite il y a quelque temps et d'une citation trouvée il y a longtemps (je vous mets ça en fin d'histoire).

Bien, après ce détour, revenons à Pénélope.

Pénélope est une vieille de la vieille. Bon d'accord elle n'est pas aussi âgée que les 3 G (pour mémoire les trois cloches de l'église, Gudule, Guduline et Gudulette) mais elle travaille main dans la main (ou pour être plus exacte aiguille dans le battant)avec elles.

Ca y est une petite idée de qui peut bien être Pénélope. Facile quand même !

Oui, Pénélope est l'horloge installée sur le clocher de Bigorbourg. Et depuis que Scarabine et Paraboum (le Jaquemart de Bigorbourg)  ont décidé de ne plus indiquer l'heure, mais le temps, Pénélope est la seule à tisser. A tisser quoi ? A tisser le temps évidemment.

Comme nous sommes à Bigorbourg, il est bien évident que le temps ne se tisse pas de la même manière que dans les bourgs normaux.

Pénélope est une charmante horloge en dentelle de fer forgé. Ses aiguilles sont délicates et se terminent en forme de fleur du plus bel effet. Assez curieusement, sûrement quelque chose de bizarrement installé dans son mécanisme, mais ce n'est pas toujours la même cloche qui sonne l'heure pour elle.

Pour commencer parlons des choses triviales. Anthelme le bedeau doit venir remonter Pénélope au moins une fois par semaine, mais comme ce brave homme n'est plus de première jeunesse, Pénélope se fait toute douce et il n'a pas besoin de forcer sur la grosse clé qui sert de remontoir et comme il n'arrive pas à se mettre dans le crâne les subtilités des passages à l'heure d'été et d'hiver, Pénélope encore très aimablement règle elle-même ses aiguilles (il faut dire qu'elle a pratiqué cette discipline dans son jeune temps –eh oui, l'heure d'été avait commencé à sévir en 1916, merci à Benjamin Franklin pour en avoir émis l'idée pour la première fois !-).

Passons maintenant aux choses sérieuses. Comment Pénélope tisse-t-elle le temps de Bigorbourg et que fait-elle pour faciliter la vie aux Bigorbourgeois ?

C'est simple ! Mais si, mais si !

Du haut du clocher, Pénélope s'est depuis longtemps rendu compte que les humains qui vont et viennent ont parfois une curieusement conception du temps.

Parfois ils s'exclament "Zut, plus que 10 minutes pour terminer mon devoir".

Ou bien "Et barbe, encore une demi-heure à attendre avant que la bibliothèque n'ouvre".

Il y a aussi "Y en a marre, le temps ne passe pas, encore 1 heure de boulot".

Et bien évidemment le pendant "Hélas, plus qu'une heure avant son départ".

Ou bien "Chic, encore le temps pour un tour de manège"

Ou "Chouette, plus que deux minutes avant de partir en vacances"

Vous avez bien sûr remarqué que les mots "encore" et "plus que" sont accommodés à toutes les sauces, favorable ou défavorable, le tout étant l'intention placée dans l'intonation et l'action en cours.

Reconnaissez, par exemple, qu'un quart d'heure passé chez le dentiste (sauf pour les masochistes)dure beaucoup plus longtemps qu'un quart d'heure de natation (enfin pour ceux qui aiment l'eau).

Pour résumer les choses, Pénélope a bien compris que les humains ne sont jamais en phase avec le temps qui passe.

Je ne parle même pas des paradoxes spatio-temporels parce que là, Pénélope a aussi un peu de mal à suivre.

Bref, je vous laisse trouver vos propres repères temporels.

Revenons, si vous le voulez bien, à la technique brevetée "Pénélope" pour rendre le temps agréable aux Bigorbourgeois.

La recette paraît toute simple "Allonger au maximum les moments de plaisir et raccourcir le plus possible les pensums."

Seulement voilà, tout est question de dosage.

C'est vrai, vous vous voyez vivre toujours dans la béatitude, sans période de stress, de peur, d'ennui ? Franchement, ça manquerait un peu de variété, de piquant et d'ailleurs on ne se rendrait même plus compte que l'on est heureux.

Aussi, dans sa grande sagesse, Pénélope n'intervient que dans les cas qu'elle juge incontournable. Les parents et grands-parents qui voient leur enfant repartir après les vacances ont le droit à quelques heures qui durent longtemps, le lecteur plongé avec délice dans un livre se verra offrir le temps de finir son chapitre, chez le dentiste la roulette ne vrombira qu'une toute petite minute, l'enfant qui se casse un bras se retrouvera plâtré et soulagé en un clin d'œil.

Pour le reste, il va falloir apprendre à gérer son temps pour rendre ses devoirs en temps et en heure ou pour boucler un dossier important, il faudra savoir endurer le mal de tête qu'une aspirine est capable de soulager. Si on se couronne un genou, tant pis, il faut donner le temps à Maman ou Papa de faire le bisou qui va bien. Et si, si, le soir il faut filer au lit sans trop râler, d'ailleurs les rêves n'attendent pas, eux aussi ont des problèmes avec le temps.

Bien sûr, gérer tout cela, c'est un peu casse-tête pour Pénélope qui, parfois, arrive à s'emmêler les aiguilles en tricotant le temps. Il ne faut donc pas trop s'étonner si parfois Gudule, Guduline ou Gudulette sonne l'heure avec un peu d'avance ou de retard.

Et comme dit le latiniste distingué "Carpe Diem". Alors savourez le temps, qu'il soit long ou court !http://i32.servimg.com/u/f32/09/02/08/06/img_0821.jpg

 

Voici la très jolie citation que j'avais relevée et qui résume ma petite histoire "Les heures heureuses ne sont point comme les heures ordinaires limitées à leur brève existence de 60 minutes si vite écoulées, si vite oubliées. Elles ont l'étonnant privilège de se prolonger indéfiniment dans le temps et dans le souvenir de ceux qui les ont vécues."

 

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 00:34

C'est la rentrée aussi pour la Cour de Récré de Jill Bill, avec le prénom Berthold

Ce matin, Achille, le bibliothécaire de Bigourbourg est aux anges.

Monsieur Balthazar, l'étrange brocanteur-antiquaire-bazar, qui vit à la lisière du bourg, vient de lui faire parvenir une caisse de vieux livres.

Pour Achille, c'est Noël avant l'heure. Il ouvre avec délectation le carton, écarte doucement le papier bulle qui enveloppe chaque petite merveille, il déballe les livres un par un, son œil plein de gourmandise les détaille et sa main légère comme une plume les effleure avec tendresse. Un gros soupir de bonheur lui échappe lorsque tous les livres sont étalés sur la table.

Maintenant va venir le moment le plus délicieux, celui qu'il a reculé le plus possible, celui de feuilleter ses nouveaux amis.

Achille s'installe confortablement dans son fauteuil et saisit le premier volume. Il se perd dans la contemplation de superbes fleurs aquarellées à la main, survole les mots plein de poésie des historiens ou des naturalistes de jadis, opine aux réflexions pleines de bon sens de certains, s'offusque des mœurs des mérovingiens.

Bref, heureusement que ce matin la bibliothèque est fermée parce que sinon les bigorbourgeois n'auraient pas eu la pleine attention qu'Achille leur réserve habituellement.

Et enfin, Achille tend la main vers le dernier livre, un petit joyau que Balthazar a trouvé il ne sait pas où. C'est un très vieux manuscrit aux pages de parchemin bien protégées par une couverture en bois (pour ceux que ça intéresse ces morceaux de bois qui servaient de couverture s'appellent des ais).

Achille ouvre cet ancêtre avec précaution, ses yeux caressent les belles lettres si régulières qui fleurissent bien noires sur l'épais parchemin si doux aux doigts. Il rêve aux jours qui coulent sur lui depuis des siècles.

Il soupire de bonheur et continue à tourner les pages admirant les lettrines de couleur, les enluminures. Quel trésor !

Quand tout à coup, en tournant une page, ces doigts rencontrent une surface légèrement humide.

Un peu inquiet, il regarde ses doigts, un peu d'encre verte les macule.

Par quel miracle, l'encre n'est-elle pas encore sèche après un millénaire ?

Il n'a pas besoin de s'interroger longuement.

Comme un pop-up, un curieux et minuscule personnage habillé de braies rouges, de chausses bleues, d'une chainse (chemise) jaune, d'un bliaud vert, coiffé d'un curieux chaperon multicolore, chaussé de poulaines violettes et la taille ceinte d'une belle ceinture d'or et d'argent, surgit devant lui en agitant furieusement une grande plume blanche. Bref un arc-en-ciel sur deux jambes.

Il semble fort en colère, même si la tache noire qui orne son bout de nez pointu lui enlève un peu de férocité.

"Ah c'est malin, avec vos gros doigts, vous venez barbîmer mon beau travail !" 

Achille a beau être lui-même quelqu'un de très spécial, c'est la première fois qu'un drôle de bonhomme comme celui-ci lui bondit au nez du cœur d'un livre.

"De barbîmer ?"

"Oui  , il me semble que j'articule correctement non ?"

"Certes, certes, c'était simplement la première fois que j'entendais ce verbe"

"Ah là, là, brouillon et inculte en plus ! Vous avez tout pour plaire vous ! ce n’est pas compliqué Barbîmer, c’est barbouiller et abîmer."

"Veuillez m'excuser, je ne voulais pas barbîmer votre œuvre ! Mais, euh, qui êtes-vous exactement"

"Vous avez devant vous Berthold, artiste enlumineur, spécialiste de la lettrine, maître de la dorure, roi des couleurs" se rengorge l'étrange personnage.

"Et c'est quoi votre job exactement ?"

"Job ? Qu'est ce que le pauvre Job vient faire dans votre entreprise de démolition ?"

"Excusez-moi, job est un synonyme pour le mot travail"

"Travail, travail. Mais on parle d'Art là !"

"Navré, navré" le pauvre Achille ne sait plus trop par quel bout prendre l'acariâtre Berthold. "Je voulais bien sûr dire quel est votre Art !"

"Mais enfin, c’est simple ! Je suis chargé de redonner de la couleur et du brillant aux enluminures. Vous comprenez, certes les encres de mes patrons les moines sont de très bonne qualité, mais un petit coup de neuf de temps en temps ça ne fait pas de mal !"

Achille est un peu dépassé, mais comme il ne veut pas blesser son visiteur, il opine.

"Effectivement, ça ne m’était jamais venu à l’idée. Je comprends mieux pourquoi les vieux manuscrits sont toujours aussi beaux. "

"Vieux manuscrits, non mais, ils ne sont pas si vieux que ça, tout au plus une centaine d’années ! "

"Désolé de vous contredire, mais en fait, ça fait mille ans que vous travaillez sur ce magnifique ouvrage et maintenant ce ne sont plus les moines qui écrivent les livres, ce sont des machines."

"Mille ans" s’exclame Berthold "mais c’est terrible, plus de moines, des machines ! Mais de quelles machines parlez-vous ? "

Et voilà qu’Achille se retrouve à expliquer au pauvre Berthold la découverte de l’imprimerie, les presses offset, les imprimantes laser et autres nouveautés.

A l’annonce de tous ces progrès, le pauvre Berthold fond en larmes. On ne va plus avoir besoin de lui, quelle horreur. Achille est bien malheureux de constater ce désespoir et ne sait quoi faire pour remonter le moral à Berthold.

Sur un dernier reniflement celui-ci regarde pour la première fois autour de lui et s’exclame.

"Mais nous sommes dans un scriptorium ! "

"Non pas vraiment, cet endroit s’appelle une bibliothèque. "

"Et alors ! Je vois bien qu’il y a des livres fatigués, des livres qui manquent de couleurs ! "

Et Berthold n’a pas tort. Les Bigorbourgeois sont de grands lecteurs et les livres, illustrés et albums sont parfois un peu défraichis. Cette constatation requinque le petit bonhomme, il fixe Achille bien dans lhttp://i32.servimg.com/u/f32/09/02/08/06/evan110.jpges yeux et déclare fermement.

"Voilà, maintenant je vais m’occuper de vos livres et votre scriptorium aura les plus belles images qui soient"

Inutile de dire qu’Achille a, très volontiers, accepté la proposition de Berthold.

Et depuis les Bigorbourgeois peuvent se régaler les yeux d’images splendides, aussi belles que celles que l’on trouve dans les vieux manuscrits. Berthold est toujours un peu péremptoire, mais après tout on peut pardonner beaucoup aux artistes. Non ?

 

Après recherche sur Internet Berthold était un abbé ayant développé dans son monastère, un grand atelier de manuscrits enluminés.

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 00:38

Dans la Cour de Récré de Jill Bill, avant de glisser la clé sous la porte pour les vacances, je vous propose de rencontrer Jésabelle.

Venez, suivez-moi dans la forêt de Bigourbourg et pour être plus exacte dans le petit coin où nichent les Papillanges. C'est parmi eux que nous allons trouver Jésabelle.

C'est une très curieuse Papillange, délicate d'apparence comme tous les autres mais, alors que ses frères et sœurs sont pleins de couleur, de vitalité et virevoltent dans tous les coins, Jésabelle est beaucoup plus réservée, presque transparente. Des cheveux comme du verre filé, un teint pâle, des ailes transparentes, elle semblerait presque maladive.

Mais, ça c’est le matin avant d’entamer sa journée de travail.

Tenez, justement la voilà qui s’envole. Attention, ne la perdez pas des yeux. Pour le moment, elle est tellement translucide qu’on ne peut la repérer qu’au léger scintillement d’air qu’elle laisse derrière elle.

Ah, elle s’arrête près d’une maison. Je crois qu’elle a trouvé de quoi s’occuper.

Une fenêtre est légèrement entrouverte, elle en profite pour se glisser doucement dans l’habitation et comme à Bigorbourg nous sommes invisibles et sans épaisseur empruntons lui le pas pour la voir à l’œuvre.

Sur quoi peut bien travailler Jésabelle ? Juste un petit rappel la Jésabelle historique était une vilaine manipulatrice, eh bien disons que la nôtre a aussi ce talent, mais, elle, c’est pour la bonne cause.

Installez-vous, vous allez comprendre.

Dans le salon, il y a installée dans un fauteuil confortable une grand-mère aux cheveux blancs qui doivent être tout doux au toucher j’en suis sûre. Près d’elle, assise sur le bras du fauteuil, il y a une petite fille aux cheveux raides comme des baguettes de tambour, sa main joue avec les cheveux de sa grand-mère et elle pose des questions, plein de questions.

Des questions sur quoi ?

Des questions sur les quelques vieilles photos en noir et blanc qui s’alanguissent sur les genoux de son aïeule.http://i42.servimg.com/u/f42/09/02/08/06/papi210.jpg Des photos qui lui font demander avec des étoiles dans les yeux.

http://i42.servimg.com/u/f42/09/02/08/06/papi410.jpg« Pourquoi la dame a ce drôle de chapeau »

« Pourquoi la petite fille a des cheveux tout bizarres »

« Qui c’est ce monsieur, et cette dame, et ce bébé ? »

« C’est où cette maison ? »

« Et pourquoi elle a l’air triste la dame ? »

Et la grand-mère fouille dans sa mémoire, elle essaye de se rappeler pourquoi elle avait mis ce drôle de bibi, elle tente d’expliquer que cette dame c’est sa maman à elle et que si elle est triste c’est parce que la vie était dure pour les femmes seules, que cette petite fille malicieuse aux cheveux tout frisés c’est la maman de la fillette le jour de la remise des prix, que ce bébé, c’est, c’est … elle ne sait plus de qui il s’agit.

La petite fille s’impatiente, elle veut tout savoir pourquoi ? Et si ? Et mais ? Et comment ?

http://i42.servimg.com/u/f42/09/02/08/06/papi110.jpgVoyant l’air un peu désemparé de la vieille dame, notre Jésabelle s’approche, elle se met à tournoyer doucement autour de la tête blanche.

Et voilà, brusquement les souvenirs affluent, ils reprennent des couleurs, de la vie, les mots coulent facilement, le rire est proche des larmes, les larmes se transforment en rire. Et la petite fille bat des mains, toute heureuse de rencontrer sa maman à son âge, toute désolée de ne pas pouvoir serrer ce monsieur dans ses bras.

Et la grand-mère sourit, elle sait bien que la petite fille ne retiendra pas tout de seshttp://i42.servimg.com/u/f42/09/02/08/06/papi310.jpg histoires, qu’un jour elle sera heureuse de retrouver ces vieilles photos, mais tellement frustrée aussi de ne plus se souvenir des paroles qui allaient avec.

Voilà c’est ça le travail de Jésabelle, comme le dit la chanson « Les souvenirs que l'on croit fanés sont des êtres vivants » et elle, elle leur rend la vie.

Mieux encore, elle peut aussi atténuer les souvenirs tristes, ceux qui restent tellement plus présents dans l’esprit que les souvenirs heureux.

Et lorsque la fillette écarte les photos et se pelotonne sur les genoux de sa grand-mère pour un gros câlin complice, la petite Papillange reprend son vol et regardez comme elle a maintenant de belles couleurs, comme elle paraît pleine de vie ! Les souvenirs la nourrissent, comme ils nous nourrissent, alors gardons les bien précieusement, ils réchaufferont les jours tristes et ils perpétueront la mémoire des êtres aimés.

http://i42.servimg.com/u/f42/09/02/08/06/papi510.jpg

Photos familiales bien sûr alors de haut en bas et de gauche à droite :

Mon arrière-grand-mère et mon arrière-grand-oncle (enfin je crois) et bébé inconnu 1920/1930 

Ma mère à la remise de prix 1938 ou 39

Mon arrière-grand-mère et ma mère entre 1937 et 1940

Ma grand-mère en 1943

Et ma pomme en 1957-58

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 00:22

Et voilà Tarcise qui pointe son nez dans la Cour de Récré ! Enfin quand je dis son nez, c'est juste histoire de dire, jugez-en plutôt.

Madame Thècle se demande bien ce qui lui a pris lorsqu'elle a embauché Tarcise en tant que maître d'hôtel. Bon d'accord, lorsqu'elle l'a recueilli, il venait de se fracasser la tête sur sa belle vitrine.

Nous sommes d'accord, Madame Thècle n'y est pour rien si Tarcise est tête en l'air, mais bon peut-être que le reflet du soleil dans la vitre l'a ébloui le pauvre !

Quand elle le regarde c'est vrai qu'il a plutôt fière allure maintenant que sa grosse bosse a disparu. Fièrement dressé sur ses jambes, la taille bien prise, la tête haute, le regard un peu dédaigneux mais pas trop, un beau plumage noir et blanc.

Ziiiipppp je sens que vous venez de freiner, comment ça un beau plumage noir et blanc, il doit y avoir erreur, elle doit vouloir parler d'un bel uniforme noir et blanc.

Non, non j'ai bien écrit plumage et je le maintiens et non, n'allez pas tout de suite au plus simple, Tarcise n'est pas un pingouin, d'ailleurs, même à Bigorbourg les pingouins ne volent pas, d'autant que pour le moment il n'y a pas encore de pingouin. Breeefffff !!!!

Plumage disais-je donc !

Tarcise est un pigeon noir et blanc. Ce qui est assez peu banal c'est la disposition de ces couleurs. Le plastron blanc, le reste noir, avec sous le menton une tache noire du plus bel aloi qui fait comme un nœud papillon.

Ce doit être ça qui a conquis Thècle, ça et puis ayant le don de comprendre les animaux elle a deviné chez lui l'envie de rendre service. Parce que se pavaner en roucoulant pour mendier sa nourriture, et bien il en a un peu assez. C'est comme ça, Tarcise est un pigeon fier comme un paon, il a sa dignité !

Bon, il faut dire aussi que Thècle a un peu tendu le bâton pour se faire battre comme on dit. Alors qu'elle soignait sa bosse, elle a trouvé malin de lui dire qu'il avait une très belle livrée de maître d'hôtel et notre pigeon ayant beaucoup voyagé a deviné de quoi il s'agissait.

Il a donc fait du charme à Thècle et du charme roucoulant, c'est saoulant ! La pauvre Thècle ne voulant pas le mettre dehors encore tout dolent, a fini par céder (à mon avis ce pigeon a pris des cours de coercition auprès de certains chats, ceux qui sont les possessions de ces charmants petits animaux savent de quoi je parle).

Re-bref ! Voilà donc Tarcise, installé à l'entrée du salon de thé de Thècle qui attend les clients. Et justement en voilà ! Ils franchissent la porte et vont pour s'installer à une table libre, lorsqu'un Rooouuuuu péremptoire et interrogateur les arrête net. Satisfait d'avoir capté l'attention des arrivants, Tarcise descend de son perchoir et d'un pas de sénateur tout en tortillant du croupion (je sais c'est un pigeon très bizarre), il les précède jusqu'à la table convoitée et les laissent s'installer.

Ensuite il s'envole et ramène avec célérité la carte des douceurs qu'il dépose sur la table. Les invités sont étonnés, mais conquis aussi par ce drôle d'oiseau (au sens propre et littéral du terme) et puis ayant compris qu'il attend leur commande, ils s'amusent à se demander comment il va bien arriver à enregistrer et à transmettre leur choix.

C'est mal connaître l'ingéniosité de Thècle.

Lorsqu'ils énoncent leur commande, Tarcise se met à piqueter du bec ce qui ressemble à une machine à calculer posée sur le rebord de la table. Et voilà, comme dans les restaurants chinois, un gâteau ou une boisson correspondent à un chiffre et comme Tarcise n'a pas un cerveau de piaf, il a parfaitement retenu les équivalences. http://img237.imageshack.us/img237/2848/1337vs0.jpg

Lorsque la commande est complète, il appuie d'un rigoureux coup de bec sur un gros bouton vert et par le miracle de la technologie (ou de la magie ?), elle arrive en cuisine. Et Thècle n'a plus qu'à servir.

A la fin de la journée, Tarcise est un peu fatigué, il a le bec légèrement engourdi ce qui ne l'empêche pas de becqueter avec entrain le salaire en nature que Thècle, ravie en fin de compte de son maître d'hôtel, vient de lui servir.

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 00:30

Merci à Jill-Bill pour ce nouveau charmant prénom !

Ce matin, en jetant un petit coup d’œil à Bigorbourg, je me suis aperçue qu’un « étranger » venait d’arriver au volant d’une petite voiture un peu fatiguée. Je me suis donc embusquée pour voir ce qu’il allait advenir (faudrait quand même pas venir polluer l’air de mon bourg !)

C’est un charmant jeune homme à l’air un peu bohème et rêveur. D’ailleurs le voilà qui s’allonge dans l’herbe pour regarder passer les nuages (eh oui, il fait beau à Bigorbourg et toc !).

Il baille, se tortille, semble se parler à lui-même.

Subrepticement, je m’approche pour l’écouter. Comment ça je suis curieuse, mais enfin, j’ai bien le droit de savoir ce que font les gens de passage ! Je ne l’avais pas prévu, moi, ce jeune homme !

Donc, il paraît préoccupé et regarde le carnet qu’il tient à la main.

« Qu’écrire, mais qu’écrire ? Rien ne vient, ma tête est vide, c’est l’horreur ! »

Ah, un syndrome de la page blanche semble-t-il ! Désolée mon grand, mais je ne vais rien pouvoir faire pour toi. A moins que ? Justement, voilà peut-être bien la solution qui s’approche.

Notre jeune homme vient se s’asseoir, manifestement les nuages ne veulent pas l’aider dans sa recherche de mots. Il soupire et regarde autour de lui. Tiens, il y a du mouvement à l’autre bout du champ. Il se redresse un peu plus et voit venir vers lui Inès et Violaine les brebis de Pernelle.

De belles brebis comme ça, ça devrait lui donner des idées non ?

Mais non, il a beau fouiller rien ne vient, si ce n’est qu’il trouve un peu bizarre que des moutons se baladent comme ça sans berger.

En réalité, il y a bien un berger, enfin une bergère en l’occurrence.

Tout étonné, le jeune homme, aperçoit une petite silhouette blanche qui s’agite autour des brebis, elle semble essayer de les diriger vers la ferme qu’il aperçoit au loin.

Mais qu’est ce que peut bien être cette drôle de chose.

Cette fois, il se met debout, la main en visière pour s’abriter du soleil (oui il y a du soleil à Bigorbourg et re-toc !) et mieux observer l’étrange tableau.

En effet, ce qui tourne autour d’Inès et Violaine, c’est une oie ! Une belle oie toute blanche, au beau bec jaune vif. Elle cacarde à qui mieux mieux pour remettre ses ouailles dans le droit chemin, mais manifestement, il y a de la rébellion dans l’air.

Les deux curieuses s’approchent du visiteur et tout benoîtement se mettent à brouter près de lui.

Il se met à rire, un peu ému de la confiance de ces deux belles demoiselles.

Il se risque à une caresse et il a droit en récompense à un regard tout doux.

L’inspiration va-t-elle revenir dans ce cadre idyllique ?

Un nouveau gros soupir et il s’effondre dans l’herbe, non rien ne vient, c’est à désespérer.

Alors qu’il se morfond, voilà l’oie qui s’approche de lui. Elle donne un coup de bec dans le carnet, ah ça elle connaît, elle a déjà vu ce genre de choses entre beaucoup de mains, elle sait notamment que les conteurs du village y jettent des idées pour les histoires que tout le monde écoute avec plaisir.

Elle regarde donc avec intérêt ce jeune homme, ce doit être un conteur et il va peut être la régaler d’une belle légende. Elle tend un peu plus le cou, mais les pages sont vides et il a l’air bien triste.

Elle s’adresse à lui dans son langage d’oie et bizarrement (mais vous savez comment les choses se passent à Bigorbourg !) il semble la comprendre.

« Non ma belle, je n’ai rien à te raconter, les idées ne viennent pas. Je ne suis qu’un pauvre Pierrot sans plume ».

Une plume, elle connaît très bien notre petite bergère elle en est couverte et elle sait aussi que dans le temps les poètes écrivaient avec, elle a vu ça dans un livre oublié par Pernelle. Alors, ni une, ni deux, elle s’arrache une belle plume et la tend à l’écrivain.

« Merci, merci, tu es bien gentille mais que veux-tu que je fasse de ta plume »

Décidemment, il est dur à la détente. Un coup de bec bien placé lui remet les idées en place.

Il rit et sort de son sac un canif, il taille la plume. Puis il enlève la cartouche d’encre de son stylhttp://www.coloriage.org/img/oie-2-b2111.jpgo, la vide dans une coquille de noix qui traînait par là, trempe la plume dedans.

L’heure de vérité a sonnée. Il se caresse doucement le front avec la plume et merveille, les idées affluent. Vite, vite, il se dépêche de les coucher sur le papier.

Lorsqu’il a terminé, il remercie la belle oie d’une caresse et lui promet de lui ramener du grain à sa prochaine visite.

Et Néomoise dans tout ça ? Néomoise est bien sûr le prénom de notre oie bergère, pourquoi Néomoise ? Parce que c’est le nom d’une sainte (bergère de son état) qui ne voulant pas être importunée par les hommes se vit octroyer une patte d’oie par Dieu, chacun voit midi à sa porte n’est-ce pas ?

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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 00:35

Aujourd’hui pour Jill-Bill nous accueillons Damon dans la cour de récré.

En ce beau matin, Wallis, la charmante peintre en "église" vaque tranquillement à ses affaires.

Elle repeint l'intérieur de l'église de Bigorbourg, avec la bénédiction du Père Paterne et de ses ouailles ravis de découvrir, jour après jour, les mille et un secrets qu'elle cache dans ses vieilles pierres (l'église, pas Wallis ! Voyons).

Wallis a décidé, aujourd'hui, de s'attaquer à un petit recoin planqué derrière le confessionnal.

Elle commence par examiner les lieux, il ne semble pas y avoir beaucoup de sculptures à pomponner, mais un peu de peinture ne pourra qu'éclairer avantageusement cet endroit un peu tristounet.

Wallis examine sa palette, voyons, voyons, un peu de jaune pâle, un ocre léger ou un joli bleu pastel ? Elle est en pleine réflexion lorsque floc, un petit caillou atterrit dans son gobelet d'eau.

"Oh, j'espère que le toit ne va pas me tomber sur la tête" s'exclame Wallis avant de se replonger dans ses tubes de peinture.

Bing, cette fois, c'est sur sa tête qu'un petit éclat de pierre rebondit.

"Ouille, il va falloir que je prévienne le Père Paterne, son église est en train de partir en morceaux"

Et, à nouveau Wallis retourne à ses pinceaux. Voilà, ce bleu paraît parfait. Et pendant l'heure qui suit notre jeune amie habille le mur d'un beau bleu qu'elle agrémente de motifs floraux d'une teinte un peu plus soutenue. Elle est satisfaite d'elle, mais elle s'aperçoit vite qu'elle n'est pas assez grande pour atteindre le haut de l'alcôve.

Elle va chercher une échelle et comme un écureuil, elle l'escalade pour s'occuper du haut du mur.

"Et si je mettais un bleu plus foncé ? Comme si la nuit était en train de tomber, oui, oui, oui !!! Allons-y !"

Wallis se remet à peindre en sifflotant lorsque tout à coup, elle pousse un cri.

Elle vient de tomber nez à nez avec une très curieuse statue, qu’est-ce donc, ça pourrait ressembler à une gargouille, mais une gargouille en intérieur c’est rare !

Alors détaillons cette drôle de chose ? Ce doit être bipède, ça a une grosse tête avec des oreilles pointues dignes d’une chauve-souris croisée avec un éléphant d’Afrique, des grands yeux pas vraiment aimables, un nez qui a du se prendre une porte en acier.

« Eh bien mon pauvre vieux, je ne sais pas à qui pensait celui qui t’as sculpté, mais il devait drôlement lui en vouloir. Bon, ceci dit ce n’est pas une raison pour te délaisser, hein ? Voyons, qu’est ce qui pourrait t’aller comme couleur ? »

« A voir la façon dont tu es habillée, je vais me retrouver vert à pois roses ! »

« Qu’est ce qu’ils ont mes vêtements, ils sont très bien mes vêt… » Wallis s’arrête le bec ouvert, avale sa salive et reprend d’une voix qui trémole (verbe dérivé du mot trémolos, ne cherchez pas dans le dictionnaire, je viens de l’inventer, je trouve que c’est mieux que trémule) « Euh qui a parlé ? ». Elle regarde à ses pieds, peut-être un gamin caché dans l’église, elle voudrait bien s’en convaincre parce que sinon l’autre explication, eh bien l’autre explication, elle sent qu’elle va avoir du mal à la digérer.

« Moi, p’tite tête, comme si tu n’avais pas compris ! »

Wallis respire un grand coup, s’agrippe fermement à son échelle et relève le nez. Ses yeux plongent dans ceux sardoniques de la pseudo-gargouille qui l’observent, goguenards. Et en plus, il lui tire la langue l’affreux malappris !

« Bon, je disais, que tu as intérêt à ne pas me louper, parce que permets-moi de te dire qu’on a l’impression que tu es tombée dans tes pots de peinture ! »

Wallis jette un rapide coup d’œil en direction de ses vêtements, en fait je devrais plutôt dire qu’elle se retrouve atteinte de strabisme divergent, un œil sur ses vêtements et l’autre ne lâchant pas le petit bonhomme qui la regarde tout en jouant ostensiblement avec les griffes qui ornent le bout de ses doigts.

Donc ses vêtements, une belle jupe qui ressemble à un arc en ciel, un chemisier qui rendrait un paon tellement jaloux qu’il en perdrait ses plumes et un bandeau pailleté pour retenir ses longs cheveux, rien d’extraordinaire quoi !

« Ouais, ma poulette, un oiseau de paradis ferait un infarctus en te regardant »

« Non, mais dis donc, toi, je ne te permets pas ! Je ne suis pas ta poulette ! »

« Ah, mais c’est qu’elle a du cran, la petite ! Je ne te fais pas peur peut-être ? »

« Un petit peu, peut-être, mais je trouve que tu as une bonne tête, moche d’accord, mais bonne quand même ! »

Le petit être manque de s’étouffer, il s’attendait à voir la donzelle dégringoler de son échelle et partir en piaillant et la voilà qui lui tient tête.

Il prend le parti d’en rire « Tu me plais bien tiens, bon et si on discutait chiffons ? » et il lui décoche un sourire plein de dents (plein de beaucoup, beaucoup de dents)

Wallis ne peut pas s’empêcher de respirer un bon coup, bon il n’a pas l’air d’un si mauvais diable. Tiens et d’ailleurs, elle interroge « Tu es quoi au juste ? »

« Je suis la représentation des péchés des gens du coin, faut dire que juste au-dessus du confessionnal, je suis aux premières loges »

« Euh, si je peux me permettre tu n’as pas l’air bien terrible »

Le petit drôle pousse un gros soupir « Et non, les gens d’ici n’ont que des peccadilles à se reprocher, ah c’est sûr que je ne ressemble pas à mes confrères de certaines villes ! »

Wallis sourit, amusée.

« Tu sais, en fin de compte, je te trouve plutôt mignon ! Tu t’appelles comment ?»

« Damon, en haut lieu on a jugé que le prénom Démon n’était pas fait pour moi, alors ils ont changé une lettre. Mignon, c’est vrai tu me trouves mignon ? » Et voilà notre succédané de démon qui se tortille d’embarras.

« Oui très mignon et ce prénom te va très bien. Bon Damon et si on se mettait au boulot ! »

Et au milieu des rires (ben oui, les pinceaux ça chatouille, on peut être en pierre et être quand même chatouilleux), Wallis s’applique à réaliser un beau costume pour Damon, le diablotin. Comment est ce costume ? Je vous laisse le plaisir de l’imaginer (je ne vais quand même pas faire tout le travail), une chose est sûre Damon est ravi et lorsque Wallis vient s’occuper de l’église, il la suit partout pour lui donner un coup de main. Je me suis même laissé dire qu’il commence à l’aider à peindre.

http://i42.servimg.com/u/f42/09/02/08/06/damon10.jpg 

 Je remercie tout particulièrement Kri qui a bien voulu me prêter son « Damon » pour illustrer ma petite chronique de la semaine, Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne sa bouille me fait craquer. Je vous invite vivement (pour ceux qui ne la connaissent pas encore à aller visiter son beau site de photos et de mots ici).

Attention sa photo n’est pas libre de droit.

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 00:14

Wallis continue de repeindre l'église de Bigorbourg, elle s'est toutefois mise d'accord avec le Père Paterne pour ne pas aller aussi loin que la charmante chapelle que j'avais vu chez Nathie et que j'avais gardée dans un coin de ma tête pour une utilisation bigorbourgeoise.

Merci à Nathalie de m'avoir prêté sa photo et pour son article c'est ici

 

rose

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 00:42

Wallis prénom de la semaine pour la Cour de Récré de Jill Bill. Mais où va-t-elle nous chercher tout ça ?

Ce matin, comme tous les matins, le Père Paterne se rend dans son église histoire d'imiter Don Camillo et tailler une petite bavette avec Jésus et les habitants à demeure que sont l'ange Blaise toujours coincé dans son bigorneau et Doria la petite étoile semeuse de muguet.

Mais ce qui change des autres matins, c'est la curieuse odeur de peinture qui règne. Venceslas, l'âne peintre se serait-il laissé enfermer ?

Le Père Paterne commence donc une tournée d'inspection, vite bouclée car l'église de Bigorbourg n'a quand même pas la taille de Notre-Dame de Paris et que Venceslas est plus gros et moins furtif qu'un chat !

Perplexe, il se gratte la tête et renifle une nouvelle fois, pas de doute ça sent bien la peinture.

Il se met donc à fureter sous le regard bienveillant de Jésus dans les bras de sa mère. (Juste une parenthèse, il y a bien une croix au-dessus de l'autel, mais elle est vide, le Père Paterne est un sensible il préfère Jésus enfant plutôt que supplicié).

Lorsqu'il passe près de la statue, il lui semble entendre un petit rire. Jésus et Marie se moqueraient-ils de lui ? Il lève la tête prêt à engager la conversation lorsqu'il reste sidéré.

Depuis qu'il est prêtre à Bigorboug, cette statue a toujours été vaguement blanche, vaguement grise et là, ahuri, il contemple une vierge revêtue d'une somptueuse robe bleue parsemée de fleurettes jaunes, l'auréole bien dorée, le teint délicatement rosé avec un sourire cerise. Jésus, brun et potelé, est enveloppé dans … Paterne est tellement sidéré qu'il en choit sur le premier banc à portée, Jésus, donc, est enveloppé dans un plaid écossais vert et rouge.

Oui, vous avez bien lu, l'enfant Jésus sourit de toutes ses dents au milieu d'un tartan que ne renierait aucun clan écossais.

Le Père Paterne se creuse la tête, voyons, voyons, sa fidèle gouvernante Pélagie n'aurait quand même pas osé allonger son café matinal d'une bonne rasade de Calvados quand même !

Il secoue le chef, histoire de s'éclaircir les idées et de dissiper ce qui doit être une hallucination, à nouveau il regarde la mère et l'enfant, et… ils sont toujours aussi, aussi, comment dire, aussi étonnants, voire détonants !

Un brin égaré, il fouille l'église du regard, il ne voit décidément rien, pas d'âne farceur, pas de bigorneau mort de rire.

Pour en avoir le cœur net, il va voir Blaise et l'interroge. Mais l'ange fait la sourde oreille et Paterne sent bien que ce coquin jubile.

Un léger mal de tête commençant à se faire jour, il préfère sortir et aller se promener.

Lorsqu'il revient, l'après-midi, lesté du délicieux repas de Pélagie, il envisage la vie avec beaucoup plus de sérénité. Il a sûrement dû rêver.

Il entre à nouveau dans l'église et l'odeur de peinture est encore là ! C'est maintenant les deux colonnes qui encadrent Marie et Jésus qui se sont transformées. Les motifs végétaux qui les décorent arborent maintenant des teintes multicolores somptueuses. Paterne se rend même compte qu'il aperçoit maintenant des détails qui jusqu'à maintenant lui avaient échappé, ici des oiseaux se nichent entre les branches, là c'est le museau d'une souris qui pointe, ailleurs il devine la queue d'un renard qui disparait dans les profondeurs de la pierre.

Bref, s'il n'avait pas les pieds sur terre, le Père Paterne crierait au miracle, encore qu'à Bigorbourg ce ne soit pas une impossibilité ! Mais que voulez-vous, il faut croire que son second prénom est Thomas parce qu'il décide de tirer ce mystère au clair.

La nuit venue, il se glisse subrepticement dans son église. L'odeur de peinture est toujours bien là, mais en plus, il y a maintenant une lumière dorée qui luit, tandis qu'une voix douce chantonne.

A pas de loup, Paterne s'approche et là, il découvre palette dans une main, pinceau dans l'autre, une charmante jeune femme, échappée des années "Peace and Love", cheveux parés des fleurs, revêtue d'une robe chamarrée, qui tranquillement s'occupe à peindre un angelot qui semble tellement content de ses belles ailes mauves qu'on le sent prêt à s'envoler.

Le Père Paterne n'a même pas le temps d'interpeler l'étrange demoiselle que celle-ci se retourne et lui sourit.

"Bonsoir mon père ! Que pensez-vous de mon travail ?"

"Eh bien, euh" balbutie le Père Paterne "c'est un peu surprenant, je dois dire !"

Un rire perlé lui répond "Surprenant certes, mais je ne fais que rendre à votre église les couleurs qu'elle ahttp://www.boutique-jourdefete.com/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/6/0/6037_1.jpg perdu au fil du temps."

Paterne ne peut qu'opiner.

Et maintenant, les Bigorbourgeois lorsqu'ils viennent faire un petit tour à l'église peuvent admirer les œuvres de Wallis et c'est chaque fois une surprise et un bonheur de se laisser porter par l'imagination de cette drôle d'artiste.

 

(Vous avez bien sûr noté mon idée tordue : Wall pour les murs bien sûr)

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