Pour en savoir plus sur le contenu de mon Carnet à surprises n'hésitez pas à aller consulter la rubrique En savoir plus sur "en passant par". Son but est de vous distraire alors ne soyez pas timide et laissez moi vos commentaires. Bonne visite et bon amusement je l'espère.
Et si vous aimez "patouiller" la terre, la pâte à sel, la pâte polymère,le papier,le carton,la pierre, ou autres, bref travailler les matières qui permettent le relief que ce soit sous forme de bijoux, de tableaux, de statuettes ou de bibelots, venez me rejoindre sur la communauté :
Pour faire suite à l'article de lundi dernier pour Croc qui voulait s'essayer à chanter les palétuviers, je lui conseille également, proposé par Francis, le "Tango
stupéfiant" de Marie Dubas qui date de 1936 avec cette façon de chanter un peu bizarre de l'époque.
Je vous mets les paroles et la même chanson par une artiste de notre époque Vanessa Hidden, son interprétation est très sympa aussi.
Après trois semaines entières
De bonheur que rien n'altérait
Mon amant dont j'étais si fière
Un triste matin me plaquait
Pour calmer mon âme chagrine
Je résolus en un sursaut
De me piquer à la morphine
Ou de priser de la coco
Mais ça coûte cher tous ces machins
Alors pour fuir mon noir destin
J'ai fumé de l'eucalyptus
Et je m'en vais à la dérive
Fumant comme une locomotive
Avec aux lèvres un rictus
J'ai fumé de l'eucalyptus
Dès lors mon âme torturée
Ne connut plus que d'affreux jours
La rue du désir fut barrée
Par les gravats de notre amour
J'aurais pu d'une main câline
Couper le traître en petits morceaux
Le recoller à la sécotine
Pour le redécouper aussitôt
Mais je l'aimais tant l'animal
Alors pour pas lui faire de mal
J'ai prisé de la naphtaline
Les cheveux hagards, l'oeil hérissé
Je me suis mise à me fourrer
Des boules entières dans les narines
J'ai prisé de la naphtaline
Qu'ai-je fait là, Jésus Marie
C'est stupéfiant comme résultat
Au lieu de m'alléger la vie
Je me suis alourdie l'estomac
J'ai dû prendre du charbon Belloc
Ça m'a fait la langue toute noire
Que faire alors pauvre loque,
Essayer d'un autre exutoire?
Car le pire c'est que j'ai pris le pli
Et c'est tant pis quand le pli est pris
Je me pique à l'eau de Javel
Pour oublier celui que j'aime
Je prends ma seringue
Et j'en bois même
Alors il me pousse des ailes
Je me pique à l'eau de Javel
Gnak gnak gnak gnak
J'ai du chagrin...
J'avais écrit ce petit texte il y a plus d'un an, et oui mon côté fourmi je stocke, en fait je n'avais pas trouvé l'illustration qui allait bien. C'est maintenant
chose faite grâce à une photo de Mima.
L'enfant joue.
Il s'invente des mondes et des aventures.
Il est bien tout au fond du jardin à la lisière de la forêt qui s'insinue jusqu'à lui.
Il a découvert avec bonheur cette étrange racine qui, au gré de son imagination, devient cheval, vaisseau
spatial, camion de pompier ou simplement fauteuil pour rêvasser.
Jour après jour, il revient près de son compagnon de jeu.
Jour après jour, celui-ci envahi de plus en plus son univers.
Il l'entend lui parler de mondes au-delà de son monde, d'espaces qu'il peut lui faire découvrir s'il veut bien
lui faire confiance.
Bercé par cette voix qui lui devient peu à peu plus familière que celle de ses parents, l'enfant doucement
s'enfonce dans cette galaxie de rêves.
Ses parents s'inquiètent, trouvent qu'il passe trop de temps seul au fond du jardin, parlant à ce morceau de
bois aux formes torturés et qu'ils voudraient éradiquer tant il leur semble une menace. Mais, le petit a l'air tellement heureux qu'ils n'osent intervenir.
Une nuit, l'enfant entend son compagnon l'appeler.
A pas de loup, il se lève pour le rejoindre, il s'approche de la souche, la caresse, la laisse l'enlacer,
l'absorber.
Au matin, les parents fous d'inquiétude cherchent l'enfant.
Dix fois ils passent près de ce morceau de bois.
Dix fois, ils pensent voir leur enfant assis sur la racine.
Dix fois, ils repartent en hurlant son nom.
Peu à peu l'espérance s'effiloche. Pourtant, l'espoir n'arrivant pas à mourir ils resteront dans cette maison
à attendre le retour de leur fils.
Doucement ils vieilliront près de cette souche qu'en fin de compte, sans savoir pourquoi ils n'ont jamais pu
se résoudre à faire arracher peut-être parce que leur enfant l'aimait tant.
Et du fond de ce morceau de tronc, deux yeux, enfantins à jamais, les observent parfois avec tendresse avant
de se clore à nouveau sur leur monde parallèle fait de rêves.
Et pour ceux qui n'auraient pas repérer l'enfant, la photo de plus près
Dana souhaitant voguer vers d'autres horizons confie son thème de la semaine, qui devient le casse-tête de la semaine. Comme je me suis beaucoup amusée avec ses
propositions je lui adresse ces quelques photos.
Que sa vie continue à couler pleine de soleil
Avec juste ce qu'il faut de remous pour garder l'esprit vif
Et si nous versons une petite larme sur son départ (pas définitif quand même)
Nous lui envoyons aussi une grande flamme de lumière et d'amitié
Pour le défi du samedi, le jouteur écrira* (au choix) : une lettre/ un discours / un règlement / un mode
d’emploi / une recommandation / un plaidoyer / une harangue / une charte / un avis / un sermon... Toutefois, il se pliera** à certaines exigences :
dans un premier temps, son texte sera tout empreint de bon sens et de réalisme ;
progressivement, le lecteur devra percevoir quelques scories*** dans le discours ;
le final devra appartenir à l’ordre du grand n’importe quoi.
De plus, chacun s’obligera à donner cinq**** notes de bas de page de longueur décroissante, et, ultime défi,
profitera de ce 79e pour communiquer à ses camarades de jeu, de la manière qu’il lui plaira, l’une de ses mensurations***** sans avoir aucunement besoin de justifier pourquoi celle-là plutôt
qu’une autre.
* écriture manuscrite ou assistée par ordinateur*
** de la meilleure grâce qui lui soit donnée**
*** sans aucune restriction de taille***
**** disons quatre plus une****
***** nul ne vérifiera*****
***********
*******
***
*
MODE D’EMPLOI DU SHAVE HAIR TERMINATOR
Vous voulez en finir avec les poils disgracieux !
Vous venez d’acquérir pour ce faire notre épilateur électrique (1)
Pour utiliser au mieux votre appareil (2) voici quelques conseils d’utilisation.
Nous vous conseillons de faire votre épilation après un peeling qui aura permis d’exfolier la couche supérieure de votre épiderme.
Assurez-vous toutefois que vos jambes soient parfaitement sèches avant utilisation de notre épilateur. D’autre part, n’utilisez pas l’appareil sous l’eau (3).
Maintenant vous pouvez mettre notre épilateur sous tension.
Pour cela : branchez le transformateur A dans votre prise de courant classique, puis la fiche B du transformateur dans l’emplacement C de votre épilateur (4).
Ensuite, poussez le bouton D sur la position « on », la position « off » vous permettra d’éteindre votre appareil.
Pour l’épilation elle-même, maintenez la peau de votre jambe bien tendue avec une main, mais évitez quand même de l’arracher complètement, puis procédez en partant de la cheville et en remontant
vers la cuisse avec un petit mouvement rotatif de gauche à droite ou de droite à gauche selon vos convictions politiques.
Si un repli de peau se coince dans les pincettes, évitez de tirer. Arrêtez l’épilateur, puis avec un cutter scalpez la peau surnuméraire. Si vous n’arrivez pas à arrêter l’hémorragie afférente à
l’opération, dirigez-vous vers les urgences ou appelez le Samu si la perte sanguine est trop importante.
Dans tous les cas, n’oubliez pas de désinfecter votre épilateur pour éviter que des odeurs de chair nécrosée ne se développent.
Pour les petits poils rebelles, ainsi que pour le maillot, nous vous conseillons d’utiliser les produits proposés dans votre mallette de rangement.
Soit vous pouvez araser le tout à l’aide du papier de verre gros grain E, soit s’il y a encore des résistances, vous pouvez frotter les poils récalcitrants avec un coton imbibé de la solution à
base d’acide chlorhydrique contenue dans la fiole F.
Ne pas oublier ensuite de bien rincer et, afin d’éviter le développement de boutons ou de rougeurs malvenues, pensez à enduire les parties épilées avec la crème G constituée de la molécule
révolutionnaire MNVNAPM (5).
Votre épilateur peut également s’occuper de vos aisselles et de votre moustache, toutefois, veuillez noter que notre société se dégage de toute responsabilité en cas d’ablation de la lèvre
supérieure ou du nez.
Et maintenant Chère Cliente, Cher Client, bonne épilation !
(1)Autant vous le dire vous avez fait le bon
choix, nous sommes les plus performants sur le marché pour régler vos problèmes de
poils. (2)Nous avons fait un travail technique
impeccable, ce n’est pas pour que l’utilisiez à tort et à travers. (3)Sauf si vous tenez à vous électrocutez un
bon coup ou à modifier votre coupe de cheveux. (4)Appareil réservé aux personnes maîtrisant
l’alphabet. (5)Mais Non Vous N’Avez Pas Mal.
Le défi de Bigornette répond aujourd'hui au doux prénom de Venceslas
Venceslas est l'arrière-tout-plein-d'arrière-petit-fils de Dimitri. Mais si vous savez bien l'âne qui aida Blaise à
baptiser Bigorbourg.
Notre Venceslas est, comme de bien entendu, un âne qui sort du commun.
Tout petit déjà, il savait tellement bien se faire comprendre que les deux pattes renchérissaient à qui mieux-mieux "il
ne lui manque que la parole" ce qui agaçait prodigieusement notre ânon dans la mesure où les-dits deux pattes ne comprenaient pas la moitié de ce qu'il voulait leur dire.
Il décida donc de mettre au point une technique pour lui permettre de communiquer avec ces êtres inférieurs, mais somme
toute attachants, après tout ce n'était pas de leur faute s'ils étaient un peu limités.
La transmission de pensée échoua, les humains n'étaient pas assez réceptifs et le seraient-ils jamais ?
L'écriture lui posait un problème, ses sabots manquant de prises pour attraper un stylo.
Il essaya aussi de parler mais ses hi-han, bien que modulés avec précision énervaient vite ses interlocuteurs.
Mais un jour, il entendit son jeune protégé (je vous rappelle que nous sommes dans une famille qui pratique la parité :
un enfant/un âne) raconter une histoire qu'il avait apprise à l'école, celle d'un certain Roland Dorgeles et d'Ali Boron l'âne
peintre.
Il comprit vite que c'était de l'esbrouffe. En fait Ali Boron se contentait d'agiter sa queue à laquelle était attaché
un pinceau plein de peinture, bref rien de vraiment spectaculaire, mais l'idée était bonne.
Venceslas décida donc de devenir artiste peintre.
Bon, une fois la décision prise restait à la mettre en pratique.
Hors de question d'utiliser ses sabots qui comme il l'avait déjà constaté n'étaient pas assez agiles, sa queue manquait
aussi de souplesse et en plus il lui aurait fallu garder constamment la tête tournée, des coups à se choper un torticolis. Non ne restait qu'une possibilité : sa bouche, de grandes dents, des
lèvres souples et préhensiles, cela ferait parfaitement l'affaire. Il s'entraîna à dessiner par terre avec un petit morceau de bois, cela fonctionna parfaitement.
Maintenant il lui fallait trouver pinceaux, peintures et toiles.
Voilà qui relevait du défi.
Un jour que son jeune deux pattes laissa traîner son matériel de dessin, Venceslas fit un essai. Les crayons s'usaient
trop vite, il n'arrivait pas à décapuchonner les feutres, pas plus qu'à ouvrir les tubes de peinture qui de plus s'écrasaient sous ses sabots. Bon inutile de dire que son jeune ami fut un peu
furibond de voir l'état dans lequel il retrouva son matériel, ce à quoi sa mère (comme toute mère qui se respecte) rétorqua qu'il n'avait qu'à ranger ses affaires.
Tout cela était bel et bon mais n'arrangeait pas notre quadrupède.
Il partit donc se promener dans le bourg à la recherche du matériel adéquat.
Aidé par toute la clique des animaux du coin, Belle Aggie, Paterne et Casimir en tête (plus d'autres que vous
découvrirez peut-être un jour) il découvrit le nirvana du peintre.
Un des habitants (se reporter aux parenthèses précédentes) adorait peindre et repeindre chez lui, il possédait donc dans
sa remise pléthore de pinceaux et de pots de peinture.
Venceslas, aidé de ses amis à quatre pattes, profita d'un jour d'absence du brave homme pour s'emparer des pots et des
pinceaux.
Ne restait qu'à trouver la toile adéquate, ce qui fut rapidement réglé lorsqu'ils arrivèrent dans le jardin du
presbytère où Pélagie avait mis à sécher les draps du Père Paterne.
Belle Aggie et Paterne lestèrent le bas du drap pour empêcher qu'il ne bouge, Casimir aida à ouvrir les pots de peinture
et Venceslas après un moment de concentration intense, s'empara d'un pinceau, le trempa dans la peinture et commença son tableau.
Bientôt on vit apparaître sur le beau drap blanc une maison de rêve perdue au milieu d'un foisonnement de fleurs
multicolores et près de laquelle jouaient enfants et animaux.
Malgré quelques petites fautes de style Venceslas était très fier de son oeuvre, en revanche Pélagie lorsqu'elle
découvrit l'Oeuvre commença par pousser des cris d'orfraie qui alertèrent le Père Paterne. Rapidement toutefois ils restèrent bouche bée d'admiration devant la fraîcheur de la
représentation.
Entre-temps, le peintre et ses complices s'étaient cachés pour attendre la réaction des deux pattes et ma foi, ils
furent fort satisfaits.
Le Père Paterne refusa que Pélagie détruisit cette étrange oeuvre d'art et la fit tendre dans l'église, qui n'était plus
à une originalité près.
Les habitants mirent quelques temps avant de trouver qui était le "coupable" parce que Venceslas mis en appétit se mit à
peindre nuitamment sur toutes les surfaces blanches qu'il put trouver et c'est ainsi que bon nombre de maisons se trouvèrent agrémentées de fresques murales délicieusement fraîches et
naïves.
Un jour bien sûr Venceslas fut pris sur le fait par des villageois ébahis et admiratifs qui, malins, lui procurèrent le
matériel ad hoc et mirent ses tableaux en vente dans les galeries des grandes villes environnantes.
Venceslas resta pour tous ceux hors de Bigorbourg, l'artiste mystère mais cela ne le dérangeât pas et en plus il pouvait maintenant communiquer parfaitement avec ses deux pattes à l'aide de petits
croquis vite faits, bien faits. Voulez-vous que je vous dise, "Elle est pas belle la vie ?"
Un album à découvrir et à faire découvrir. Il mélange les dessins très humoristiques de Simona Bassano di
Tufillo et les textes à hurler de rage de Jamila Mujahed, auteur et journaliste qui décrit trop bien ce que peut être cet enfermement, cette prison portable.
Résumé decitre : Essayer de boire, de manger, de marcher, d'embrasser ou même simplement de vous faire
reconnaître de vos enfants ou de votre mari. Essayer de vivre avec une burqa...
Depuis plusieurs jours déjà, je faisais halte dans ce petit bourg. Je n’avais prévu
qu’une étape, mais, je ne sais pourquoi, le calme et la sérénité de l’endroit m’avaient retenue.
J’avais pris l’habitude d’aller me promener dans les bois et la campagne environnants.
A chacun de mes retours, l’hôtesse me demandait avec un petit sourire en coin : « Alors avez-vous rencontré des personnes intéressantes ? » J’avais l’impression qu’elle
attendait une réponse bien précise, mais laquelle ?
Ce matin là, je dirigeai mes pas vers la forêt et optai pour un sentier que je n’avais
pas encore exploré. Le silence m’environnait, tout juste troublé par moment par le chant lointain d’un oiseau. Il régnait une atmosphère étrange comme faite d’attente. Du coin de l’œil, j’aperçus
une minuscule sente qui s’enfonçait plus profondément sous la futaie, elle semblait m’appeler. Curieuse je me laissai tenter.
Brusquement, je me trouvai face à des ruines, les vieilles pierres disparaissaient en
partie sous la végétation foisonnante. Elles semblaient se cacher aux regards. J’entrepris de l’explorer. Des restes de pilastres luttaient avec les ronces,
un chemin de pierre faisait le tour d’un jardin revenu à l’état sauvage, au centre le reste de ce qui ressemblait à un grand crucifix cherchait à s’élancer vers le ciel. Soudain, j’aperçus un homme assis sur une large pierre détachée d’un mur, vêtu d’un ample vêtement sombre, le visage caché par un capuchon. Un instant décontenancée par
cette présence, je finis par m’approcher et je le saluai :
« Bonjour, quel étrange endroit pour un cloître. »
Il parut ne pas m’avoir entendue, il restait là sans bouger, puis sa voix s’éleva dans
le calme de la forêt :
« Je vais vous raconter la légende de cet endroit. »
Sans détourner la tête, il me fit signe pour que je prenne place à ses côtés. Un peu
sidérée par son attitude, mais curieuse d’en savoir plus, je m’installai près de lui et laissai mon regard errer sur les vieilles pierres.
Il reprit :
« Il y a fort longtemps, vivait ici une petite communauté de moines. Le plus jeune
était herboriste. C'était un jeune homme rêveur et tendre, nouvellement arrivé dans la communauté pour remplacer le vieil herboriste qui venait de rejoindre son créateur.
Dans le village voisin vivait une jeune femme, belle comme un rayon de soleil. Elle
possédait un jardin de simples qu'elle mettait à la disposition de ses voisins en leur concoctant potions et pommades pour soulager leurs maux. En dépit de sa beauté, elle ne suscitait nulle
convoitise de la part des hommes, nulle jalousie de la part des femmes. Sa bonté et sa joie de vivre faisaient d'elle un ange, aux yeux des villageois.
Un jour le jeune moine vint à passer devant ce jardin, pour lui rempli de merveilles.
Le voyant admiratif devant ses plantations la jeune femme sortit, le salua gentiment :
« Bonjour mon frère, mes plantes vous intéresseraient-elles
? »
Rougissant, il lui retourna son salut et ils commencèrent à échanger quelques
recettes.
Le jeune moine rentra au monastère, des rêves dans les yeux et de la joie au
cœur.La vie continua un moment ainsi sans heurts, les jeunes gens continuant à se rencontrer pour confronter leurs
connaissances, leur amitié devenant rayonnante.
Mais voilà qu'un jour, le destin arriva sous les traits d'un inquisiteur venu faire une
inspection dans la région. C'était un bel homme mais son visage était tellement sévère que tous tremblaient en le voyant et personne n'osait le regarder dans les yeux. Tous, sauf la jeune femme
qui l'accueillit comme elle accueillait tout le monde, avec gentillesse et douceur.
Las, sa spontanéité se retourna aussitôt contre elle. Pour l'inquisiteur cette femme,
qui brusquement faisait battre son cœur et se lever dans son esprit des pensées impures, ne pouvait être qu'une sorcière.
Alors il se mit à harceler les villageois, posant question après question. Elle sortait
à la pleine lune, n'est-ce pas ? Elle empoisonnait le bétail, n'est-ce pas ? Elle avait de nombreux amants, n'est-ce pas, n'est-ce pas ?
Mais, personne n'avoua quoique ce soit d'aussi terrible. Bien au contraire, tous
insistèrent sur le fait qu'elle ne préparait que des potions bénéfiques, qu'elle aidait tout un chacun. Hélas, en voulant bien faire, ils allèrent trop loin. L'un indiqua que le jeune herboriste
du monastère n'hésitait pas à la consulter et qu'ils échangeaient des plantes, l'autre précisa que la jeune femme soulageait les femmes en gésine avec des pommades calmantes, une autre qu'elle
connaissait des plantes qui permettaient d'espacer des grossesses épuisantes. Cela suffit bien sûr à l'inquisiteur.
Pas de doute c'était une sorcière, elle pervertissait un moine, elle allait à l'encontre
des préceptes du Seigneur qui disait "croissez et multipliez-vous" et "tu donneras la vie dans la douleur".
Devant ses voisins anéantis, mais qui devant les armes de l'escorte n'osèrent rien faire,
elle fut arrêtée et traînée dans le monastère pour y subir la question. Le jeune herboriste voyant le sort réservé à son amie tenta d'intervenir, l'inquisiteur bien sûr n'attendait que ce faux
pas pour l'emprisonner lui aussi.
Malgré ce que le monstre leur fit subir, ils clamèrent leur innocence et la pureté de leurs
sentiments. Mais la jalousie, l'envie et la colère de l'homme de dieu réclamaient d'être assouvies.
Un matin, tous les villageois furent contraints de se rendre au monastère. Dans une
clairière, les moines prostrés attendaient devant un bûcher. Installé sous un dais, l'inquisiteur rendit son verdict. La jeune femme avait été convaincue de commerce avec le démon et elle serait
brûlée vive, l'herboriste quant à lui resterait emprisonné à vie.
La "sorcière" fut tirée de sa prison, affaiblie par les sévices infligés, elle arriva
soutenue par deux gardes. L'herboriste, dans le même état, fut traîné sous le dais et jeté aux pieds de son accusateur.
L'inquisiteur, voyant la réprobation dans les yeux de tous, fit semblant de faire preuve de
mansuétude. Si elle avouait devant tous qu'elle était bien une sorcière, il la ferait étrangler avant de livrer son corps aux flammes.
Elle se redressa, fière et belle. « Je suis innocente, Dieu en jugera et vous
punira ».En rage, l'homme ordonna qu'elle soit livrée au supplice.Deux gardes, avec maintes précautions, la lièrent au poteau, sur leur visage se lisait une peine infinie. Un brandon enflammé fut
approché des fagots.
Au moment même où le feu prenait, l'herboriste, malgré ses nombreuses blessures, se
releva, et s’emparant d’une épée il la planta dans le corps du tortionnaire qui s'écroula. Puis, sans que personne n'essaie de l'arrêter, il se jeta dans le brasier pour rejoindre sa
bien-aimée.
Il l'enlaça sous les imprécations de l'inquisiteur mourant. Une colonne d'air entoura les
deux jeunes gens, les séparant du feu. Leurs corps s'unirent, se fondirent l'un dans l'autre et à leur place un grand oiseau blanc s'éleva au dessus du bûcher en flamme. Il effleura l'inquisiteur
du bout de l'aile et celui-ci commença à se recroqueviller, à brûler sur place en poussant des hurlements. Puis son corps tomba en poussière et le vent l'emporta.
Personne n'intervint, ni ses gardes, ni les moines, ni les villageois, tous le regardèrent
agoniser en murmurant « Le jugement de Dieu est rendu ».
Levant les yeux, ils regardèrent le bel oiseau voler de plus en plus haut et dans leur cœur
un grand bonheur se répandit.
Voilà l'histoire de l'herboriste et de la sorcière. Je peux aussi vous dire qu'après cet
événement, les moines préfèrent partir vers d'autres monastères et celui-ci tomba en ruine peu à peu. Le village, quant à lui, sembla bénéficier au cours des siècles d'une étrange protection, il
fut épargné par les maladies, les famines, les guerres. Tous pensent que l'oiseau blanc veille sur lui. »
La triste voix du conteur, s’effilocha dans le silence revenu. Je me levai et regardai les
ruines d'un autre œil. Je restai pensive quelques instants, essayant d’imaginer cet embrasement d’amour. Un mouvement dans le ciel attira mon regard et j’eus l’impression de voir tournoyer
l'oiseau fabuleux. Prise d’un étourdissement, je ramenai vivement mes yeux vers mon compagnon qui s’était levé. Je m’aperçus alors qu’il était vêtu d’une bure monastique. Je jetai un dernier coup
d’œil aux ruines de l’ancien monastère et murmurai à l’intention de mon mystérieux narrateur :
« Merci, mon frère, pour cette merveilleuse légende ». Mais, en me
retournant à nouveau, je m’aperçus qu’il avait disparu, je ne l’avais pas entendu s’éloigner et je ne le vis nulle part.
Songeuse, je repris le chemin de l'auberge. En me voyant arriver, l'hôtesse ne me posa pas
la question rituelle, et se contenta de me sourire. J'avais fait la rencontre qu'elle attendait.
Voilà la très belle photo de Casy qui m'a inspiré cette histoire. Elle était dans ma tête depuis un
moment lorsque Fanes de Carottes a proposé comme jeu d'écriture le thème "Bûcher" et voilà 1 + 1 = 2. C'est Infolio qui m'a aidée à mettre mon texte en bon ordre de marche. Et puis ce texte est dédiée à toutes ces milliers de femmes qui ont été brûlées, noyées,
pendues sous le fallacieux prétexte de sorcellerie simplement parce que des hommes avaient peur d'elles qui revendiquaient une liberté qui leur était interdite ou qui tout simplement se
refusaient à eux. Et il est dédiée également à tout ces femmes de notre époque qui sont battues, lapidées, vitriolées parce qu'elles aussi font peur au sexe dit fort.
Je ne vous indiquerai pas le titre du défi auquel je répondais ce serait trop simple pour deviner la fin de mon histoire. De même je vous ne vous mettrai la photo
qui me l'a inspirée seulement demain. Je sais, je sais, je suis dure !
Depuis plusieurs jours déjà, je faisais halte dans ce petit bourg. Je n’avais prévu qu’une
étape, mais, je ne sais pourquoi, le calme et la sérénité de l’endroit m’avaient retenue.
J’avais pris l’habitude d’aller me promener dans les bois et la campagne environnants. A
chacun de mes retours, l’hôtesse me demandait avec un petit sourire en coin : « Alors avez-vous rencontré des personnes intéressantes ? » J’avais l’impression qu’elle
attendait une réponse bien précise, mais laquelle ?
Ce matin là, je dirigeai mes pas vers la forêt et optai pour un sentier que je n’avais pas
encore exploré. Le silence m’environnait, tout juste troublé par moment par le chant lointain d’un oiseau. Il régnait une atmosphère étrange comme faite d’attente. Du coin de l’œil, j’aperçus une
minuscule sente qui s’enfonçait plus profondément sous la futaie, elle semblait m’appeler. Curieuse je me laissai tenter.
Brusquement, je me trouvai face à des ruines, les vieilles pierres disparaissaient en
partie sous la végétation foisonnante. Elles semblaient se cacher aux regards. J’entrepris de l’explorer. Des restes de pilastres luttaient avec les ronces,
un chemin de pierre faisait le tour d’un jardin revenu à l’état sauvage, au centre le reste de ce qui ressemblait à un grand crucifix cherchait à s’élancer vers le ciel. Soudain, j’aperçus un homme assis sur une large pierre détachée d’un mur, vêtu d’un ample vêtement sombre, le visage caché par un capuchon. Un instant décontenancée par
cette présence, je finis par m’approcher et je le saluai :
« Bonjour, quel étrange endroit pour un cloître. »
Il parut ne pas m’avoir entendue, il restait là sans bouger, puis sa voix s’éleva dans le
calme de la forêt :
« Je vais vous raconter la légende de cet endroit. »
Sans détourner la tête, il me fit signe pour que je prenne place à ses côtés. Un peu
sidérée par son attitude, mais curieuse d’en savoir plus, je m’installai près de lui et laissai mon regard errer sur les vieilles pierres.
Il reprit :
« Il y a fort longtemps, vivait ici une petite communauté de moines. Le plus jeune
était herboriste. C'était un jeune homme rêveur et tendre, nouvellement arrivé dans la communauté pour remplacer le vieil herboriste qui venait de rejoindre son créateur.
Dans le village voisin vivait une jeune femme, belle comme un rayon de soleil. Elle
possédait un jardin de simples qu'elle mettait à la disposition de ses voisins en leur concoctant potions et pommades pour soulager leurs maux. En dépit de sa beauté, elle ne suscitait nulle
convoitise de la part des hommes, nulle jalousie de la part des femmes. Sa bonté et sa joie de vivre faisaient d'elle un ange, aux yeux des villageois.
Un jour le jeune moine vint à passer devant ce jardin, pour lui rempli de merveilles. Le
voyant admiratif devant ses plantations la jeune femme sortit, le salua gentiment :
« Bonjour mon frère, mes plantes vous intéresseraient-elles ? »
Rougissant, il lui retourna son salut et ils commencèrent à échanger quelques
recettes.
Le jeune moine rentra au monastère, des rêves dans les yeux et de la joie au cœur.La vie continua un moment ainsi sans heurts, les jeunes gens continuant à se rencontrer pour confronter leurs
connaissances, leur amitié devenant rayonnante.
Mais voilà qu'un jour, le destin arriva sous les traits d'un inquisiteur venu faire une
inspection dans la région. C'était un bel homme mais son visage était tellement sévère que tous tremblaient en le voyant et personne n'osait le regarder dans les yeux. Tous, sauf la jeune femme
qui l'accueillit comme elle accueillait tout le monde, avec gentillesse et douceur.
Las, sa spontanéité se retourna aussitôt contre elle. Pour l'inquisiteur cette femme, qui
brusquement faisait battre son cœur et se lever dans son esprit des pensées impures, ne pouvait être qu'une sorcière.
Alors il se mit à harceler les villageois, posant question après question. Elle sortait à
la pleine lune, n'est-ce pas ? Elle empoisonnait le bétail, n'est-ce pas ? Elle avait de nombreux amants, n'est-ce pas, n'est-ce pas ?
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